Résistons à la fermeture des possibles

Par Nadia Ratsimandresy compositrice et improvisatrice, Directrice générale & artistique du GRAME, Présidente du CA de Futurs Composés

Six ans que je préside Futurs Composés. Un honneur et une responsabilité. Cet édito, mon dernier en tant que présidente, aurait dû être celui du bilan, de la mesure du chemin parcouru et de la suite. C’est ce qui est attendu. C’est ce que ça devrait être. Or, toute l’écriture de ce texte est traversée par la colère, la tristesse, l’incompréhension, la peur de ce monde qui se fait sans nous.

Des citoyens et des citoyennes réclament le droit de ne pas être uniquement spectateurs et spectatrices de leurs conditions de vie et de leur vie, réclament le droit de  penser un autre monde où les valeurs qui prônent l’individualisme, la rentabilité, la domination n’en soient pas les racines. En occupant l’espace public, en prenant la parole, des lycéens et des lycéennes, au début dans les Outre-mer, dénoncent leurs conditions dégradées d’apprentissage. Désormais, chaque samedi  jeunes et moins jeunes se retrouvent dans la rue pour mettre crûment en lumière l’indignité et l’absurdité de vies usantes et pressantes que ce système crée. L’assassinat à caractère raciste de Pengo Bossio Wangi nous rappelle que nous vivons aussi dans une société qui autorise qu’une personne, réduite à son identité, son origine et/ou sa différence soit perçue légitimement comme une cible.

L’actualité, dans sa brutalité, nous rappelle nos responsabilités et notre devoir de faire société. Battons-nous, chacune et chacun à notre endroit, et faisons vivre, par la force du collectif, la richesse de nos sensibilités, de nos expériences et de nos mondes. Imaginons et produisons de nouveaux récits. Déplaçons les frontières du pensable, des sensibles. Faisons entendre ce que nous n’entendons plus. Résistons à la fermeture des possibles. Aucun ordre politique n’est naturel, aucun avenir n’est définitivement écrit.

À la place du bilan initialement prévu, je vous  partage une conviction qui refuse le renoncement à faire société en gardant le goût du lien que nous, artistes, compagnies et structures, savons si bien travailler au travers de nos projets.

Pour Futurs Composés, je ne suis qu’un épisode de notre histoire collective et je suis fière de cet épisode : je quitte la présidence, mais je reste membre de Futurs Composés. Le relais passe, l’élan demeure.

Toute ma gratitude à notre chère déléguée générale, Laurence Rougier, pour sa présence, son soutien et la qualité de nos échanges au fil de ces années. Dans les moments de construction comme dans les périodes plus délicates, son engagement et sa confiance ont compté. Je sais qu’elle continuera à faire vivre cette histoire collective aux côtés de nouveaux et nouvelles élu·es, et je m’en réjouis.

Pour ma part, je vous retrouverai avec joie dans tous ces espaces, temps forts et moments que nous avons habités et investis ensemble au fil des années.

Au plaisir de la suite !