2025 – 5e édition des Rencontres nationales professionnelles Égalité

Uneasy Conversations / Conversations inconfortables
Penser des organisations artistiques et culturelles féministes et progressistes

Du 2 au 4 octobre 2025 à Strasbourg

Face au backlash* mondial contre les droits des femmes et minorités de genre, et dans le sillage des conclusions alarmantes de la commission d’enquête parlementaire sur les violences commises dans le secteur culturel, présidée par Sandrine Rousseau, Futurs Composés pose une question simple, mais radicale pour l’édition 2025 de ses rencontres nationales professionnelles dédiées aux enjeux d’égalité : comment penser des organisations artistiques et culturelles féministes et progressistes ? Par où commencer ?

Comment repenser les normes du travail à l’aune de l’égalité réelle ? Quelle responsabilité pour les institutions culturelles face aux violences sexistes et sexuelles ? Que faire lorsque la justice ne suffit pas ? Comment accompagner les victimes dans leur processus de réparation, de détachement de leur agresseur ? Comment concevoir des espaces de travail intersectionnels, non racistes ? Comment prendre soin dans un environnement professionnel souvent précaire, compétitif et sous-financé ?

Nous pensons que cela commence par créer les conditions pour ouvrir des conversations inconfortables. Cette édition s’ouvrira donc à ces espaces de trouble Uneasy Conversations / Conversations inconfortables, pour poser les bases de pratiques professionnelles et collectives à réinventer.

*L’expression « backlash » ou « retour du bâton » est entrée dans le langage courant pour désigner les réactions des parties conservatrices et masculinistes de la société face aux progrès des droits des femmes et des minorités.

En partenariat avec le festival Musica et le Pôle international de production et de diffusion RISE

TABLE RONDE - QUELLES TRANSFORMATIONS STRUCTURELLES LES ORGANISATIONS CULTURELLES DOIVENT-ELLES MENER FACE AUX VIOLENCES SEXUELLES ? | Ouverte à tous·tes

Avec Philippe Gordiani, compositeur et directeur de Césaré – Centre National de Création MusicaleSephora Haymann, actrice, autrice, dramaturge, co-directrice du Wetoo Festival et co-fondatrice du collectif Metoo théâtreAnna Muchin, autrice, musicienne, compositrice et traductrice, membre du mouvement belge Engagement ArtsElodie Tuaillon-Hibon, avocate ; Modération : Aliette De Laleu, journaliste, productrice à France Musique et autrice.

Cette table ronde a cherché à dépasser le constat des violences sexistes et sexuelles (VHSS) dans les milieux culturels pour interroger l’après. Que faire des accusés, des agresseurs ? Quels sont les combats à mener, les pratiques à changer ? Les institutions ont-elles une responsabilité d’offrir des espaces de justice symbolique, de réparation ? Ces réflexions ont permis d’esquisser les transformations nécessaires à la construction d’un secteur culturel plus protecteur – ou, à tout le moins, moins violent.

ATELIER 1 - BRAVE SPACE : TRANSFORMER COLLECTIVEMENT LES PRATIQUES ARTISTIQUES, CULTURELLES ET ASSOCIATIVES | Ouvert à tous·tes

Avec Pierre-Luc Landry, écrivain, militant queer et professeur d’études littéraires, culturelles et médiatiques

Le brave space est un espace de dialogue qui dépasse l’idée du safe space. Là où la « sécurité » est souvent confondue avec le confort et peut involontairement maintenir les rapports de domination, le brave space propose au contraire un cadre où l’on accepte l’inconfort nécessaire aux conversations difficiles, notamment autour des violences, des oppressions ou des inégalités. Inspiré des travaux de Kristi Clemens et Brian Arao, il repose sur le courage de rencontrer l’altérité, d’écouter les expériences vécues et de reconnaître ses propres réactions défensives. Dans un brave space, on accueille les tensions, on valorise les savoirs situés autant que les savoirs théoriques, et on cultive l’empathie, la curiosité et le droit à l’erreur. Il s’agit d’un espace qui permet d’apprendre et de désapprendre, de transformer ses pratiques professionnelles, et de contribuer individuellement et collectivement à plus de justice sociale. Être dans un brave space, c’est accepter que personne n’arrive “neutre”, que chacun·e porte une histoire située, et que la transformation passe par un engagement actif : écouter, nommer, agir. Plus qu’un lieu sans violence — qui n’existe pas réellement dans nos sociétés — c’est un cadre pour avancer ensemble, dans la complexité, vers des pratiques plus justes et plus solidaires.

ATELIER 2 - DÉCOLONISER LA CRÉATION MUSICALE ? CONCEVOIR DES ESPACES DE TRAVAIL ATTENTIFS AUX ENJEUX D'INTERSECTIONNALITÉ ET DE RACISME | Ouverte à tous·tes

Avec Yannick M. Blec, chercheur en études culturelles, auteur, enseignant & Clémence Mebsout, violoncelliste et étudiante en CA (Certificat d’Aptitude) au CNSMDP

Cet atelier a permis d’interroger la manière dont les héritages coloniaux influencent encore aujourd’hui les institutions musicales, les répertoires et les trajectoires professionnelles. À partir des expériences de Yannick M. Blec et de Clémence Mebsout, les échanges ont mis en lumière les tensions entre excellence « classique », accès inégalitaire à la pratique musicale, violences symboliques et absence de diversité sociale et raciale dans l’enseignement supérieur artistique et dans les représentations artistiques en musique classique. Les intervenant·es ont montré comment, de leur point de vue,  les stéréotypes, le classisme et les hiérarchies culturelles façonnent les parcours, et comment les artistes racisé·es naviguent entre injonctions, exotisation et tokenisation. L’atelier a également rappelé les enjeux de penser collectivement des démarches antiracistes, l’importance de repenser les répertoires, les modes d’accueil et les contextes de pratique, et la nécessité de créer des espaces où chacun·e peut se définir, être écouté·e et transmettre ses héritages de la manière dont iel le souhaite. À travers des exemples concrets, l’atelier invitait à reconnaître les biais, à transformer ses pratiques professionnelles et à imaginer des institutions réellement inclusives. Il s’est terminé par un temps de pratique musicale collective permettant d’expérimenter, par le chant, d’autres manières de co-construire et de partager les savoirs.

ATELIER 3 - AMBITION ET RÉSISTANCES : PENSER NOS TRAJECTOIRES PROFESSIONNELLES AUTREMENT ? | En mixité choisie**

Avec Margot Lallier, Directrice du pôle Action Culturelle, Médiation et Publics du Centre de musique baroque de Versailles, Co-fondatrice d’ARVIVA Arts vivants, Arts durables, Facilitatrice d’ateliers d’intelligence collective

Cet atelier en mixité choisie a été pensé comme un espace de résistance face aux freins que rencontrent les professionnel·les du secteur musical dans leurs trajectoires, du fait des inégalités, du sexisme et des violences patriarcales. Il a d’abord été un espace de parole et de réflexion collective pour réfléchir aux obstacles qui structurent nos parcours professionels : peur d’être disqualifiée, injonctions contradictoires autour de l’ambition, maternité, précarité économique… Face à ces derniers, les participant·es ont été invité·es à suggérer des modèles désirables qu’ils·elles aimeraient inventer, et aux manières alternatives de penser la réussite et de réinventer les positions de pouvoir. Ils·Elles ont réfléchi à l’organisation des espaces d’écoute et à la manière de faire entendre leur voix, seul·e ou de manière solidaire et collective. Ensuite, un jeu de rôle a permis de poursuivre la réflexion sur les stratégies de résistance pouvant être élaborées face à des cas professionnels précis, afin de renforcer les carrières autant que les solidarités, et de nourrir une dynamique d’émancipation professionnelle et personnelle.

ATELIER 4 - VERS LA CRÉATION D'UN COLLECTIF MASCULIN PROFÉMINISTE ET ALLIÉ DE LA LUTTRE CONTRE LES VHSS | Ouvert aux hommes

Avec Pierre-Luc Landry, écrivain, militant queer et professeur d’études littéraires, culturelles et médiatiques

Cet atelier invitait toute personne cis, trans ou non-binaire s’identifiant en tout ou en partie au genre masculin, peu importe son orientation sexuelle, à contribuer à la démarche militante de Futurs Composés contre les VHSS. Grâce à un premier exercice brise-glace, les participants ont évoqué les freins, peurs et malaises éventuels de chacun face à ce projet. Pierre-Luc Landry a introduit au groupe des chiffres et statistiques clés sur les VHSS, et plus spécifiquement sur les réalités du secteur musical, puis donné des pistes sur la manière de se positionner en tant qu’allié grâce à une approche transformatrice en matière d’égalité des genres alliant sensibilisation initiale et intervention pour changer attitude et comportement. Des échanges entre les participants ont ensuite permis de questionner collectivement les transformations institutionnelles nécessaires et les priorités que souhaitaient se donner ce collectif masculin proféministe et allié de la lutte contre les VHSS, établissant ainsi un premier cadre au travail que le collectif souhaitera mener par la suite.

JOURNÉE EUROPÉENNE / EUROPEAN DAY

Journée européenne de dialogue entre pair·es sur les violences sexistes et sexuelles dans les secteurs artistiques

[English below]

Avec Joanne Cusack, FairPlé (Irlande), Charlotte Koppenhoefer, das zeitgemässe theater (Autriche / Allemagne / Suisse), Aike Roodenburg, Engagement Arts (Belgique), Lara Alcázar Miranda, MIM – Asociación de Mujeres de la Industria Musical (Espagne) et de nombreux réseaux français

Dans le prolongement des deux journées précédentes dédiées aux enjeux d’égalité de genre et prévention des violences dans le secteur culturel, Futurs Composés a organisé une journée européenne de travail et de dialogue en réunissant différents réseaux, collectifs et structures engagés contre les violences sexistes et sexuelles dans la culture, en Europe et au-delà. La matinée ouverte à tous·tes a permis la présentation des réseaux présents et des échanges autour de leurs actions respectives. Une session de travail a eu lieu l’après-midi uniquement entre réseaux, et a permis de croiser les expériences, d’identifier des problématiques partagées et réfléchir ensemble à des pistes d’action collectives pour l’avenir.

European peer dialogue day on gender-based violence in the artistic sectors

With Joanne Cusack, FairPlé (Ireland), Charlotte Koppenhoefer, das zeitgemässe theater (Austria / Germany / Switzerland), Aike Roodenburg, Engagement Arts (Belgium), Lara Alcázar Miranda, MIM – Asociación de Mujeres de la Industria Musical (Spain) and numerous French networks

Following on from the previous two days dedicated to gender equality and violence prevention in the cultural sector, Futurs Composés organised a European peer dialogue day of work and dialogue, bringing together various networks, collectives and organisations committed to fight gender-based and sexual violence in culture, in Europe and beyond. The morning session, opened to all, provided an opportunity for the networks present to introduce themselves and discuss their respective actions. A working session was held in the afternoon exclusively between the networks, allowing them to share experiences, identify common issues and work together on possible collective actions for the future.

**La mixité choisie est le fait de se réunir entre personnes appartenant à une ou plusieurs minorités opprimées et discriminées en excluant la participation de personnes appartenant aux groupes pouvant être oppressifs et discriminants (par exemple entre femmes et minorités de genre mais sans hommes cisgenres).

Un stand de sensibilisation aux VHSS était également présent pour tous·tes à la HEAR. Il présentait entre autres des ressources et numéros clés, le rappel des définitions des VHSS, des études…