CRÉATION MUSICALE : UNE OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE ?

Le milieu musical s’alarme des attaques que subit aujourd’hui en France le secteur des musiques de création. Comme le symbolise la raréfaction de la création musicale sur les ondes de Radio France, nous vivons une situation conjoncturelle inédite portant gravement atteinte sur de multiples niveaux à l’ensemble des acteur.trice.s représenté.e.s par les réseaux et les syndicats.

CENTRE NATIONAL DE LA MUSIQUE
• Aujourd’hui, le Centre National de la Musique souhaité par l’État se met en marche avec un périmètre et une gouvernance qui restent très imprécis : comment seront représenté.e.s les acteur.trice.s de la création musicale, ainsi que leurs réseaux ?
• Que recouvrera désormais le terme de « création », utilisé sans aucune indication contextuelle et dont la réalité risque d’être bien éloignée des modalités que nous lui connaissons ?
• Création et transmission sont aujourd’hui les deux faces d’une même pièce. Sur quel(s) projet(s), quelle vision et quelle expertise reposent les ambitions du CNM en matière d’Éducation artistique et culturelle ? Le sujet représente-t-il davantage qu’une manne opportune liée à l’accroissement du programme 224 dans le Projet de Loi de Finances 2019 ?

DÉSENGAGEMENT DE RADIO FRANCE
À la lumière des informations dont nous disposons aujourd’hui, quatre émissions spécifiquement consacrées aux musiques et aux créateurs d’aujourd’hui disparaîtraient de la grille de France Musique à la rentrée prochaine, à savoir :
• Le Cri du patchwork (mardi, 23h00-0h00),
• Le Portrait contemporain (mercredi, 23h00-0h00),
• À l’improviste (jeudi, 23h00-0h00),
• Tapage nocturne (vendredi, 23h00-0h00),
Quatre émissions qui seraient remplacées par une seule émission le dimanche.
Cette raréfaction avec moins de captations, moins de présence à l’antenne, et qui plus est dans l’un des créneaux d’audience les plus pauvres, le dimanche soir ressemble à une stratégie consciente d’invisibilisation et de dévalorisation de la création.

FRAGILISATION DE LA CRÉATION AU MINISTÈRE DE LA CULTURE
Tous les indicateurs actuels tendent vers une diminution de la commande publique en direction des musiques de création.
• La commission « aide à l’écriture d’œuvres originales » (ex-commandes d’Etat) ne dispose plus actuellement d’aucun cadre juridique et le personnel consacré à cette procédure n’est pas maintenu. L’une des options envisagées serait de confier cette dotation à un organisme extérieur. Nous nous alarmons d’un tel projet dont la finalité indiquerait un mouvement d’« agenciarisation » de l’action de l’Etat.
• Nous nous inquiétons également sur les modalités de mise en place d’un nouveau centre de ressource issu de la fusion CDMC/MFA/MNL. Ce projet a donné lieu à une longue consultation des acteurs en 2018, à laquelle nous avons contribué. À ce jour, nos propositions n’ont fait l’objet d’aucune réponse. De plus, l’avis de recrutement d’un.e directeur.trice de 28.06.19 cette structure mentionne une mission concernant uniquement la musique contemporaine, alors que désormais tous les acteurs défendent la notion de création musicale « élargie ». Enfin, dans ce même avis, la description de la structure dénote une absence totale de contenus et d’objectifs du nouveau projet.

DÉGEL DE LA RÉSERVE DE PRÉCAUTION BUDGÉTAIRE
Dans un contexte budgétaire difficile, la totale levée du gel de précaution budgétaire 2019 constitue la condition sine qua non de nombreux acteur.trice.s de la création musicale pour mener à bien leurs projets.

Devant un tel empilement de sujets sensibles, nous dénonçons une situation extrêmement grave et redoutons un désastre annoncé pour la création musicale.

Paris le 28 juin 2019.

LES SIGNATAIRES : AJC, FEVIS, FUTURS COMPOSÉS, GRANDS FORMATS, PROFEDIM.

LEVEÉE DE LA RÉSERVE DE PRÉCAUTION SUR LES CRÉDITS DU MINISTÈRE DE LA CULTURE 

L’USEP-SV, Union syndicale des employeurs publics du spectacle vivant et les réseaux nationaux du spectacle vivant en appellent au ministre de la Culture pour obtenir la levée de la réserve de précaution sur les crédits du ministère de la Culture.

Les organisations professionnelles de la culture et les réseaux nationaux du spectacle vivant attirent l’attention du ministre de la Culture sur la nécessité d’obtenir le dégel de ses crédits en 2019, et cela dans les meilleurs délais.

Les acteurs de la culture que nous représentons sont, comme chaque année à la même période, dans une inquiétude extrême. La réserve de précaution de 3 % appliquée à notre secteur (opérateurs et réseaux) constitue un élément de grande incertitude et de fragilisation des projets.

Sans prétendre échapper aux réalités nationales, notre revendication d’un dégel des crédits du ministère de la Culture est l’expression de la fragilité de notre secteur compte tenu du faible budget qui lui est consacré dans les dépenses de l’État. Cette année, cette menace pèse plus lourd que d’ordinaire, en raison de l’arrêt du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui est très loin d’être compensé à l’euro près !

Nous espérons que d’ici le Conseil national des professions du spectacle (CNPS) plénier du 20 juin prochain vous serez en mesure de donner une réponse positive à notre demande et qu’elle s’appliquera de manière cohérente et globale sur tout le territoire national.

La culture est une réponse majeure à l’angoisse de déclassement social et d’inégalité territoriale. Nul ne comprendrait que seule la politique culturelle ne soit pas prise en compte dans le cadre de la crise sociale qui traverse le pays depuis de longs mois.

Paris le 3 juin 2019.

TRIBUNE FRANCE MUSIQUE : CRÉATION MUSICALE, DES MISSIONS SANS ÉMISSIONS ?

Actrices et acteurs de la culture, des musiques de création, directrices et directeurs d’établissements culturels, d’orchestres et d’opéras, de centres de création, de festivals et d’ensembles, compositrices et compositeurs, musiciennes et musiciens — nous tous, auditrices et auditeurs d’une radio que nous aimons et que nous défendons — souhaitons signifier notre inquiétude à la présidence de Radio France et à la direction de France Musique, alors qu’une mauvaise rumeur parvient à nos oreilles.

L’ensemble des émissions spécifiquement consacrées aux musiques et aux créateurs d’aujourd’hui disparaîtrait de la grille de France Musique à la rentrée prochaine, à savoir : L’Expérimentale (lundi, 23h00-0h00), Le Cri du patchwork (mardi, 23h00-0h00), Le Portrait contemporain (mercredi, 23h00-0h00), À l’improviste (jeudi, 23h00-0h00), Tapage nocturne (vendredi, 23h00-0h00), Ocora-Couleurs du monde (samedi, 22h00-23h00). Six émissions, soit six heures de diffusion hebdomadaire, couvrant toute la diversité des musiques de création, seraient remplacées par une seule et même émission d’une durée de deux heures. Concomitamment, le volume de captation de concerts donnés dans les salles et les festivals sur tout le territoire national serait fortement amputé, dégradant ainsi la capacité de la chaîne à se faire l’écho de la vie artistique en région.

Notre intention à travers cette tribune n’est nullement de défendre une vision « immobiliste ». Le champ des musiques d’aujourd’hui connaît lui-même une phase de reconfiguration extraordinaire, pour une grande part positive et souhaitable pour l’ensemble du secteur musical. Cette redéfinition observée à l’échelle nationale et internationale — des musiques écrites aux pratiques improvisées, en passant par les approches scéniques ou les jeunes cultures numériques/ électroniques — est le signe d’un mouvement générationnel, qui, plutôt que d’être ignoré, doit être accompagné par tous ceux pour qui la création musicale est une « mission ».

Radio France a su être le garant de la réception des artistes vivants depuis de longues décennies et le promoteur de tous les courants esthétiques. Votre grande Maison est de ce fait dotée d’une richesse artistique et historique sans pareille. France Musique, pour sa part, est à la fois un vecteur de plaisirs et de découvertes intarissables pour ses auditrices et ses auditeurs, un dispositif de médiation adossé aux savoir-faire uniques de ses collaborateurs, une ressource essentielle pour celles et ceux qui sont engagés dans l’éducation, et désormais un modèle en termes d’accessibilité des contenus au sein de l’écosystème digital de la Maison de la Radio. Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, Radio France et France Musique sont des partenaires indispensables pour les salles et les festivals, les ensembles et les artistes.

La création musicale est une branche que vos missions vous appellent à soutenir et que les nôtres nous appellent à faire fructifier. Cet engagement mutuel, dont la symbiose est certes toujours fragile, est primordial aujourd’hui. Si la chaîne doit connaître une mutation — ce sur quoi nous pouvons nous accorder —, celle-ci peut selon nous être opérée en restant à l’écoute de toutes les sensibilités, et dans le respect des engagements collectifs en matière de démocratisation culturelle et d’accessibilité des arts. C’est la raison pour laquelle nous tenions aujourd’hui à vous alerter : faire disparaître ces espaces d’exposition d’une création qui n’a peut-être jamais été aussi foisonnante contredit violemment la politique publique à laquelle nous tenons, celle qui, en soutenant et médiatisant la diversité artistique, nous protège des phénomènes de concentration économique. Une actualité qui tend à rendre le monde sonore de demain sans aspérité ni relief, où les médias seront engorgés par des musiques tristement standardisées.

Par cette tribune, nous demandons à être reçus par les directions de Radio France et de France Musique afin d’échanger de façon constructive sur la place qui sera accordée demain à la création musicale à Radio France.

Paris le 23 mai 2019.

CENTRE NATIONAL DE LA MUSIQUE 

Le projet de création du Centre National de la Musique (CNM) est aujourd’hui lancé et le Gouvernement a confirmé sa volonté de créer un nouvel établissement public au 1er janvier 2020. La proposition de loi issue du travail de la mission parlementaire confiée à Émilie Cariou et Pascal Bois a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Ce texte suscite de notre part nombre d’interrogations et appelle des éclaircissements. La « procédure accélérée » décidée sur ce texte va une nouvelle fois nuire à la concertation pourtant indispensable. La lecture au Sénat, dont la date n’est pas connue, s’avère décisive pour la clarté des débats.

La mise en place simultanément à la proposition de loi, d’un comité de pilotage dont l’animation a été confiée à Mme Ruggeri, inspectrice générale des affaires culturelles, confirme la volonté politique d’aboutir à court terme.

Nous avons été historiquement très réservés quant à la création du CNM, craignant en effet que les missions « musique » du ministère de la culture ne soient transférées à ce nouvel établissement et dont la gouvernance appelle toutes les précautions, au vu des dysfonctionnements observés au sein du futur ex CNV.

Dans ce contexte, restant constructifs, les signataires du présent communiqué rendent publique ce jour une contribution pour orienter le projet du CNM vers une mission exclusivement économique qui ne puisse entrer en concurrence avec les missions de service public du Ministère. Ainsi notamment, nous sommes favorables à une éducation artistique et culturelle de qualité, inscrite dans la durée avec les acteurs de l’éducation, nous nous opposons à ce que le CNM se voit confier des missions en ce domaine. Nous réaffirmons que les missions d’observation du secteur doivent être pensées en complémentarité avec les outils publics de l’État et des réseaux professionnels.

Nous affirmons haut et fort que le financement du CNM ne doit pas amputer encore davantage le budget du ministère de la culture, et que, simultanément, les moyens en provenance des organismes de gestion collective ne doivent pas affaiblir l’accompagnement de ces organismes à destination du secteur. Enfin, la question de la gouvernance et de la composition du futur CA doit éviter tout conflit d’intérêt et exclure les professionnels. Nous nous inquiétons par ailleurs des conditions méthodologiques arrêtées à ce jour par le comité de pilotage. La confusion entre urgence et précipitation menace et le risque que les concertations nécessaires soient mises de côté est manifeste : ainsi, quant à la mise en place d’un comité des financeurs du futur CNM (État et OGC) qui ne saurait être élargi à la seule présence d’une seule organisation professionnelle, fût-elle essentielle pour le secteur. Soit toutes les organisations professionnelles sont invitées à la table, soit aucune. Un équilibre doit être respecté, à défaut de quoi c’est l’éthique même du futur CNM qui serait menacé.

L’unanimité politique qui s’est exprimée en première lecture à l’Assemblée nationale ne révèle pas l’unanimité des acteurs des musiques, loin s’en faut. Pour que le futur centre soit accepté par l’ensemble de la profession, les termes d’un compromis doivent être recherchés. Seule une concertation approfondie et transparente, sans sous-entendu, en est la seule garantie. Nous l’appelons de nos vœux.

Paris le 21 mai 2019.

LES SIGNATAIRES : AFO, AJC, FEVIS, LES FORCES MUSICALES, FUTURS COMPOSÉS, GRANDS FORMATS, PROFEDIM, SNSP, SYNDEAC.

MISSION PARLEMENTAIRE SUR LE CENTRE NATIONAL DE LA MUSIQUE : UNE MÉTHODE QUI INTERROGE 

La mission parlementaire confiée aux députés Émilie Cariou et Pascal Bois a réuni vendredi 12 octobre dernier à l’Assemblée Nationale l’ensemble du secteur musical.
L’ordre du jour de cette rencontre avec les organisations professionnelles, les réseaux et fédérations avait pour objet de mettre en discussion la gouvernance du projet du futur Centre National de la Musique.

Nous nous sommes étonnés – alors que l’ensemble des acteurs liés à ce dossier étaient réunis pour la première fois depuis le lancement de la mission – qu’aucune mise en débat du rapport intermédiaire n’ait été prévue. Cela est d’autant plus dommageable que le secteur que représentent les signataires avait déjà pointé fin juillet de nombreux points restant à travailler pour remporter leur complète adhésion sur le projet.

L’exercice de vendredi 12 octobre s’est plus apparenté à une consultation qu’à une concertation, nous le regrettons. Le principe d’un vote indicatif sur les orientations proposées, en séance, sans possibilité de pouvoir instruire dans nos organisations au plus près de nos adhérents les pistes préconisées par la mission, nous est apparu choquant.

À ce stade, nous maintenons que de nombreux points doivent toujours faire l’objet d’une meilleure définition, car seul le détail du périmètre des missions, de la mise en œuvre et de l’organisation fine permettrait de nous projeter ou non dans cet outil. Néanmoins, nous remercions la mission d’avoir pris en compte dans ses préconisations notre impératif d’une gouvernance comptant une majorité de représentants de l’État pour le Centre National de la Musique. Cette demande que nous portions va dans le sens de plus d’intérêt général et plus de transparence si le CNM venait à voir le jour.

Nos organisations continueront bien entendu de porter les observations qui ont été les leurs jusqu’à présent et à être contributives sur cette deuxième phase de mission, continuant à espérer un infléchissement de la méthode employée.

Paris le 23 octobre 2018.

LES SIGNATAIRES : AFO, AJC, FEVIS, LES FORCES MUSICALES, FUTURS COMPOSÉS, GRANDS FORMATS, PROFEDIM, ROF, SNSP, SYNDEAC.

MISSION DE PRÉFIGURATION DU CENTRE NATIONAL DE LA MUSIQUE : DE NOMBREUX POINTS ENCORE À ÉCLAIRCIR 

Édouard Philippe a confié en juin dernier à Pascal Bois et Émilie Cariou la préfiguration du Centre National de la Musique, outil de complément à la politique musicale existante du ministère de la Culture, qui devrait être dédié à l’accompagnement économique de la filière.

Une réunion sur le sujet – rassemblant une partie des acteurs concernés par ce projet – s’est déroulée aux Francofolies de La Rochelle début juillet, permettant à l’équipe chargée de la préfiguration du CNM de présenter l’architecture générale du projet qui serait présentée au Gouvernement.

Les organisations représentant les acteurs musicaux et du champ subventionné signataires du présent communiqué souhaitent rappeler le positionnement de leur fondamentaux sur ce dossier, à l’heure où d’importants arbitrages sont en cours sur les moyens qui pourraient être alloués au CNM :

– Le projet de Centre National de la Musique peut trouver du sens dans un rôle d’accompagnement économique de la filière et de structuration du secteur dans une logique d’intérêt général, en complément d’une politique publique forte pour la musique portée par le ministère de la Culture (opérateur historique de l’expertise artistique et des territoires). C’est le périmètre souhaitable pour cet outil en gestation, dont les missions de service public restent à définir précisément.
– Sa gouvernance et son organisation fine doivent donner toutes les garanties dans l’exercice de missions de service public, et d’un équilibre de représentation de l’ensemble du champ musical, sans omettre de resituer la musique dans l’environnement pluridisciplinaire du spectacle vivant, et d’en prendre en compte tous les acteurs concernés.
– Tout argent public supplémentaire alloué à ce projet doit pouvoir soutenir des actions portées par l’ensemble des acteurs de la musique dans le sens de l’intérêt général.
– Enfin, la consolidation des moyens du Ministère et notamment de la Direction Générale de la Création Artistique est essentielle à nos yeux, si un effort public significatif doit être consenti par l’État en faveur de la musique. Nous sommes d’autant plus attachés à cela que le projet de Loi de Finance 2019 qui doit garantir le principe du financement du CNM porte concomitamment la prévision d’une baisse de 7 millions d’euros pour le budget de la DGCA.

Par ailleurs, l’intégration de missions d’Éducation Artistique et Culturelle, cœur de mission du ministère de la Culture est à même de créer une ambiguïté sur l’articulation de l’action de la rue de Valois et du projet de CNM, tout comme la question de l’observation dont l’État doit rester maître d’œuvre, tout en confiant possiblement des études au CNM. Enfin, le secteur que nous représentons redit tout son attachement à l’AFDAS comme opérateur de la formation professionnelle, que le CNM ne devra point fragiliser en intégrant des missions reliées à cet item.

Il nous semble à ce jour que les conditions ne sont pas encore réunies pour emporter notre adhésion et qu’une concertation complémentaire est nécessaire afin d’apporter des garanties sur les positions fondamentales rappelées ci-dessus, mais aussi sur les interrogations profondes qui subsistent concernant la gouvernance, les financements et la mise en œuvre des missions du CNM.

Paris le 26 juillet 2018.

LES SIGNATAIRES : A/CNCM, AJC, FEVIS, FRANCE FESTIVAL, FUTURS COMPOSÉS, GRANDS FORMATS, PROFEDIM, REMA, ROF, ASN.

POUR UNE CONCERTATION SUR LES POLITIQUES PUBLIQUES EN FAVEUR DE LA MUSIQUE

Objet : Poursuite de la démarche inter-réseaux et fédérations après la plénière du 16 avril 2018 à l’Assemblée Nationale.

Vingt-deux fédérations nationales et réseaux régionaux des musiques ont, le lundi 16 avril dernier à l’Assemblée Nationale, ouvert une concertation large sur les politiques publiques en faveur de la musique. Les 120 participants, représentant une pluralité des musiques d’aujourd’hui, ont partagé leurs analyses respectives des enjeux auxquels sont confrontés les acteurs des musiques, convergeant en premier lieu sur la nécessaire affirmation de la diversité des initiatives (artistiques, des acteurs, des projets, des modèles économiques…).

Diversité qui a fait l’objet des interventions des réseaux et fédérations, dans un élan inédit réunissant les acteurs de la création, la production, la diffusion et des pratiques des musiques, représentant majoritairement des initiatives privées qui enrichissent et dynamisent les territoires, portent une forme d’utilité sociale et concourent à l’intérêt général, souvent en partenariat avec des collectivités territoriales et parfois le ministère de la Culture.

Diversité qui, selon Emmanuel Négrier, chercheur en science politique invité à introduire les débats, a représenté pendant dix années un socle des politiques publiques de la culture, prenant en compte l’expérience musicale des personnes, les modèles économiques, les activités, et les philosophies d’intervention. Or, l’ensemble des participants partage l’analyse que les politiques publiques, telles qu’elles sont dessinées aujourd’hui, risquent de restreindre la diversité pourtant défendue dans les discours tenus.

Ces coopérations et partenariats essentiels qui participent d’un écosystème sont en grand danger si les orientations concernant, tant le projet de Centre National de la Musique que l’ensemble de la politique du ministère, ne prennent pas mieux en compte la diversité des initiatives privées d’intérêt général.

Tous, d’une même voix, ont appelé de leurs vœux à des politiques publiques en faveur des musiques, intégrant la complexité de ce champ culturel, dans sa construction historique et sa structuration actuelle, du national au local.

Ne laissons pas s’appauvrir la diversité des esthétiques, des modèles et des pratiques des personnes, en ne considérant que deux modèles dominants, celui du service public d’une part et celui de l’industrie lucrative de l’autre.

Nous prenons acte de la parole de la ministre de la Culture Françoise Nyssen, le 25 avril dernier, et lui assurons notre concours dans sa volonté de développer des alternatives à la concentration. Nous partageons son attachement à la concertation et rappelons notre souhait que celle-ci englobe l’ensemble des politiques publiques en faveur des musiques et ce, en particulier, dans le contexte actuel où l’État mène une réflexion sur l’ensemble des modalités de l’action publique dans le cadre du Comité Action Publique 2022.

Nous appelons Madame la Ministre de la Culture et Mesdames Messieurs représentants des collectivités territoriales à se saisir des questions posées et à y montrer un intérêt en participant à la prochaine étape d’une concertation d’ores et déjà lancée en ce lieu symbolique de l’assemblée nationale. Un rendez-vous sera confirmé en septembre 2018.

Le 22 mai 2018, les réseaux et fédérations.

LES SIGNATAIRES : AJC, APRÈSMAI, COLLECTIF CULTURE BAR-BARS, FAMDT, FEDELIMA, FERAROCK, FEVIS, FRACAMA, FRANCE FESTIVAL, FUTURS COMPOSÉS, GRANDS FORMATS, HAUTE-FIDELITÉ, OCTOPUS, LE PAM, POLCA, LE PÔLE, RADIO CAMPUS FRANCE, RIF, RIM, RMAN, UFISC, ZONE FRANCHE.

Paris, le 26 janvier 2018

Monsieur le Président Nous avons été consternés d’apprendre récemment que la subvention apportée par la Région PACA au Babel Med Music a été réduite de 79% pour l’exercice 2018, à trois mois du début de la manifestation.

L’ensemble du milieu professionnel musical reconnaît dans le Babel Med Music un acteur engagé et structurant, depuis 14 ans, pour promouvoir les musiques méditerranéennes et du monde à l’échelle internationale. Ce salon musical annuel, unique sur le territoire français est devenu, au fil des ans, un rendez-vous incontournable pour l’ensemble de la filière professionnelle des musiques traditionnelles et du monde : artistes, développeurs d’artistes, tourneurs, diffuseurs, médias, etc.

La capacité du Babel Med Music de mobiliser autant de professionnels de la musique a contribué à faire de Marseille et de la Région Provence Alpes Côte d’Azur, terre de festivals, la capitale des musiques du monde, mais surtout à valoriser la diversité des esthétiques et des musiques de nombreux pays, de leurs diasporas sur le sol français, ainsi que des musiques issues de l’immigration, facteur d’intégration des différentes communautés vivant dans l’Hexagone.

Le travail de repérage de l’émergence musicale a contribué de façon exemplaire à rendre visible de nombreux artistes et à leur permettre de démarrer ou de développer une carrière professionnelle nationale et internationale dans les meilleures conditions. Ce travail de tant d’années, à nos yeux exemplaire, est réduit à néant du seul fait de la décision arbitraire de la Région PACA, inacceptable dans sa brutalité. Cette décision porte un grand préjudice aux artistes, aux diffuseurs et plus largement à l’emploi culturel, et déstabilise non seulement le paysage musical régional, mais aussi l’ensemble de l’écosystème français des musiques du monde.

Aussi, pour toutes ces raisons, nous souhaitons vous manifester notre incompréhension et notre vive inquiétude face à la disparition du Babel Med Music. Nous souhaitons qu’une solution puisse être trouvée afin que cet événement perdure, dans le dialogue avec les politiques culturelles que la Région souhaite mener, pour le soutien aux artistes et acteurs de la musique, dans une logique de promotion et de développement de la diversité artistique et culturelle, de progression de la liberté des expressions.

Dans cet espoir et dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée.

Réseaux et organisations professionnelles signataires : AJC, Famdt, Fedelima, Ferarock, Fevis, France Festivals, Futurs Composés, Grands Formats, Zone Franche.

Montreuil, le 19 janvier 2018

POSITIONNEMENT

D’un point de vue structurel, l’idée d’une Maison Commune qui abriterait toute la filière est positive. Futurs Composés, le réseau de la création musicale, fort de ses 265 membres, a la particularité de porter en son sein toute la diversité de la création : compositeurs, interprètes-improvisateurs, ensembles, compagnies musicales, centres nationaux de création, labels, établissements publics variés (scènes nationales, CDN, Opéra…). Il est donc légitime, voire constitutif d’envisager le rapprochement comme un élément naturel, inhérent à la création.

D’un point de vue esthétique, Futurs Composés considère la création comme potentiellement vivante dans toutes les musiques. Il ne peut donc être question de réduire à quelques-uns la vitalité d’un secteur qui, à travers l’idée d’une maison commune, peut retrouver une place centrale et en terminer avec l’idée que la musique est le « parent pauvre de la politique culturelle ».

Le réseau est en accord avec le préalable du rapport constatant que la segmentation entre musiques savantes et actuelles est devenue obsolète dans les nouvelles pratiques musicales, et que les décloisonnements s’accentuent, notamment par le développement du numérique. Nombre de membres de Futurs Composés, dont la création représente le cœur de leur projet, sont à la charnière de ces deux secteurs historiques.

QUESTIONS

Mais si la mise en place d’un nouvel opérateur – le futur Centre National de la Musique (CNM) – peut sembler, sur le fond, intéressant, plusieurs points d’interrogation majeurs surgissent :

  • Le CNM serait-il l’expression d’un glissement progressif d’une politique de financement de la musique vivante par la taxe parafiscale (c’est-à-dire par les spectateurs-consommateurs), plutôt que par la subvention (c’est-à-dire les contribuables) réduisant peu à peu le champ d’intervention de l’État à la régulation du milieu culturel, au seul maintien de ses labels nationaux, à l’EAC…?
  • La création de ce CNM est associée à une profonde réorganisation du ministère de la culture, notamment l’apparition d’un « visage unique de la musique » : les acteurs des musiques, dans leur diversité et leurs pratiques multiples, ne risquent-ils pas d’être les victimes de ces resserrements centralisés ?
  • La difficulté actuelle du ministère de la culture à saisir toutes les problématiques – représentation des territoires, « tiers-secteur » musical, question de la formation – n’est-elle pas un frein à l’arrivée d’un nouvel opérateur dont la gestation n’a pas été portée par le milieu musical dans son ensemble ?

Il est donc aujourd’hui crucial de distinguer les éléments de cohérence partagée des éléments qui restent à éclaircir dans les recommandations issues du rapport de Roch-Olivier Maistre.

 

Téléchargez l'intégralité du communiqué

Pour une concertation sur les politiques publiques en faveur des musiques

Nantes, mercredi 17 janvier 2018

Le rapport « Rassembler la musique, pour un centre national » commandé par l’État et publié en novembre 2017, dresse le portrait d’une filière musicale opposant un secteur « marchand », qui serait financé majoritairement et directement par les publics, à un secteur « public », dont le financement ne reposerait que « nécessairement et durablement sur la subvention ».

Cette présentation fait abstraction d’un grand nombre d’acteurs de droit privé représentant des structures relevant de l’intérêt général, qu’elles soient associatives ou TPE, qui agissent dans des logiques de proximité relevant de l’utilité sociale. Ces acteurs développent des projets sur un modèle économique mixte et partagent des valeurs de défense de la diversité artistique et culturelle, de l’initiative citoyenne, et de primauté de la coopération en opposition au modèle concurrentiel dominant.

Nous, organisations, fédérations et réseaux, nous inquiétons de l’invisibilité à laquelle nous-mêmes et les structures que nous représentons serions condamnés, sans prise en compte de nos modèles économiques et politiques, dans la définition des attributions, du périmètre et de la gouvernance d’un centre national de la musique, comme dans la politique globale du ministère de la Culture.

Nous demandons donc à l’État de réaffirmer son rôle stratégique en garantissant une intervention publique juste et équitable, qui tienne compte des enjeux fondamentaux de respect des droits des personnes, d’équité sur les territoires, et de nécessaire promotion de la diversité des pratiques et des esthétiques.Cette garantie nous semble d’autant plus nécessaire que le rapport précité suggère, en complément de la création d’un « centre national de la musique », une réorganisation profonde du ministère de la Culture.

En conséquence, nous affirmons notre volonté de participer pleinement à la préfiguration de ce centre national de la musique et demandons à élargir les débats à une concertation sur les politiques publiques en faveur des musiques.