Par Annabelle Playe, artiste
& membre du Conseil d’Administration de Futurs Composés
… Vous disiez ?
– Semaine de la musique et touche française à l’étranger, répète la journaliste venue des confins du système solaire.
– Vraiment, ça ne me dit rien ! réitère la ministresse.
Après une légère suspension, elle reprend :
- Ah oui… France Music Week & French touch ! « Un tremplin pour les artistes français et internationaux : un moyen pour eux de se rapprocher des start-up et investisseurs »… Vos connaissances du milieu terrestre semblent datées, nous en avons parcouru du chemin en plus de deux-cents ans. Durant les années qui ont précédé sa première édition en 2025 et durant les suivantes, beaucoup de structures musicales ont été fragilisées voire exclues de ce système de production musicale. Celui-ci uniformisait les formats, les genres, réduisant la diversité de la création musicale, ce vivier porteur de nouveaux récits. Les choix politiques semblaient clairs : impulser l’argent public dans des sociétés privées ne priorisant pas la notion d’intérêt général. Notre modèle a depuis contrecarré les plans des industries culturelles, des entreprises de la tech’ et des gouvernements mondiaux de l’époque. Du temps s’est écoulé, nous nous sommes émancipé·es de ces modèles de rentabilité étouffants.
– Que s’est-il passé pour que vous changiez ainsi radicalement de système ? J’ai traversé plusieurs centres urbains et ruraux qui tous sont innervés par la musique : les salles de spectacle permettent l’immersion sonore à travers des espaces modulables par exemple, des installations s’entremêlent aux architectures…
– En effet, nous avons profondément transformé notre rapport à la création en la mettant au centre de nos vies, sans ignorer pour autant la musique des morts. Nous avons modifié nos modes de relations en valorisant le multispécisme, induisant une autre écoute du monde et donc un autre rapport à la musique. De plus, nous avons soulagé beaucoup de messieurs des postes de direction, écrasés et contraints par ce SPPC*. En tant que collectifs de femmes, de minorités de genres et d’hommes déconstruits, nous avons généré de nouvelles formes de « directions », de coopérations en nous recentrant sur les relations inter-espèces, l’hypersensibilité connectée favorisant les réajustements créateurs. Nous nous sommes également inspiré·e·s des végétaux et de certaines espèces animales.
– Quel a été le point de bascule ?
– 2049, une période où les trentenaires ont souhaité sortir des anciens schémas, affirmer l’étrange, le pas de côté, le déviant joyeux, le freaks, le queer, l’indiscipline. Usant et jouant des technologies du 21e siècle, ces groupes ont permis de transformer notre lien au vivant soutenus par un réseau d’acteur·rices nommé FC…
– FC ? Ce réseau dont les membres étaient des IA ?
– Oui et j’en suis issue ! Ah ! le(s) pouvoir(s) de l’Intelligence Artistique !
La journaliste de l’espace engloutit un fameux chaud-son** terrien. Suivent un sourire malicieux et une transmission télépathique dont nous n’aurons pas la teneur.
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* Système Patriarcal Post-Colonialiste
** Le chaud-son est une pâtisserie fourrée aux décibels produisant un plaisir auditif gourmand et certain.