Par Nadia Ratsimandresy,
Présidente de Futurs Composés
Cet été géopolitique a été à la hauteur de toutes les farces patriarcales déjà vécues : diplomatiquement et politiquement, le monde global de 2025 s’est délesté du complexe de culpabilité face à un mouvement totalitaire qui semble s’installer. Il deale avec.
L’Histoire est loin de se répéter : nous savons détruire et combattre des régimes totalitaires, nous l’avons déjà fait. Cependant, malgré la menace du retour du fascisme, il semble que nous agissons comme si cela était inenvisageable à nouveau. Nous nous évertuons à rester spectateur et spectatrice du monde : la menace de basculement totalitaire nous tient en haleine et nous immobilise – rien de moins sûr que notre capacité d’action dans un futur proche.
Avons-nous cessé de lutter ? Je n’ose imaginer une réponse affirmative à cette question. Je veux croire que face aux chocs, nous sommes sonné·es et interpelé·es dans notre conscience civique et qu’elle se réveille. Trop lentement à mon goût, mais à son corps défendant, elle n’a peut-être pas bien identifié la menace. Car si l’Histoire a montré que nous savons détruire et combattre des régimes totalitaires, leur mentalité, elle, survit et continue de s’exercer encore aujourd’hui, de manière plus appuyée, dure et surtout insidieuse : on la retrouve dans ce désir de briser les résistances et de soumission des masses, dans leur contrôle, dans le mépris des libertés publiques et individuelles, et dans une attraction à l’extrémisme en tant que tel. Mais également dans l’anéantissement des classes moyennes et l’éradication de groupes humains.
Que faire face à ces récits qui s’écrivent sous nos yeux, à cette Histoire inexorablement en marche avec ou sans nous ? Ce que nous faisons de mieux : prendre des risques ! Le risque de l’action, le risque de la vie publique par la prise de paroles, le risque de faire commun dans la lutte : tout ce que le mot création implique quand cette dernière le convoque ! Nos oeuvres, nos coproductions, nos pitchs, nos choix de partenariat, nos posts sur les réseaux sociaux, le choix de nos thématiques de travail sont traversés par le risque qui est pris pour monter nos projets. Ce qui conduit à cette exposition dans la lumière que nous désirons tant au travers de nos objets de création. Dépassons-le. Nos consciences civiques sont titillées, notre liberté d’expression et notre liberté de création sont censurées : retrouvons-nous au sein du réseau et animons cet espace public qui nous permet d’exercer notre pouvoir citoyen et notre capacité citoyenne, malgré la peur d’être fiché·e, d’être déconventionné·e, d’être ostracisé·e. Permettons en priorité à la délibération collective d’exister : ensemble, sans crainte, avec force, défendons une création musicale qui soutient un monde politique où la transformation et l’émancipation peuvent être.
Retrouvons-nous donc en cette rentrée lors de nos divers rendez-vous à Strasbourg pour vivifier les idées, nous soutenir les un·es et les autres lors de nos 5e rencontres nationales professionnelles dédiées aux enjeux d’égalité, pour nourrir nos espoirs par la connaissance et l’interconnaissance lors de la table ronde « Culture et autochtonie : regards croisés sur la décolonisation des arts en Europe et au Québec / Canada » organisée en partenariat avec le Vivier (Québec) et le festival Musica, et pour avancer collectivement en incluant les nouvelles générations lors de notre parcours apprenant à hauteur d’enfant en collaboration avec le réseau RamDam et Mini-Musica.
Au plaisir de vous retrouver et bonne rentrée !