Cet édito s’auto-obsolètera à la fin de sa lecture

Par Nadia Ratsimandresy,
Présidente de Futurs Composés

À l’approche des élections municipales, certain·es voudraient nous faire croire qu’il ne s’agit que d’une mécanique technique : trottoirs, stationnement, propreté, circulation. Quelque chose qui semble simple où le politique n’habiterait ni le centre social, ni la bibliothèque, ni les écoles, ni la subvention culturelle. Ce mensonge tranquille rend le moment dangereux, car il n’y a jamais vraiment eu de fracas : juste une coupe budgétaire ici, au nom de la “rigueur” ; une interdiction là, au nom de la “sécurité” ; un discours qui prétend “protéger les enfants” mais désigne, en creux, des corps à surveiller, des amours à suspecter, des identités à effacer ; une torsion de l’application de la Liberté d’expression artistique, pour in fine des prestations artistiques à annuler.

Rappelons qu’en 2023, les communes sont les collectivités territoriales qui financent le plus le secteur culturel en proportion de leur budget, avec des dépenses culturelles qui représentent 7,6 % de leurs budgets totaux* : un choix concret, inscrit dans les lignes comptables comme dans la vie quotidienne des habitant·es.

Pour le secteur culturel et associatif, et dans bien d’autres domaines, la municipalité n’est pas un détail. Elle est le premier cercle du pouvoir. C’est là que se décident les soutiens cruciaux pour entre autres l’accès à la culture et une politique du soin de l’autre. C’est là que se fabrique, concrètement, une ville refuge — ou une ville… verrou.

Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement une alternance d’équipes ; c’est une bataille de récits. Le fascisme contemporain ne surgit pas en uniforme ; il s’infiltre dans les imaginaires avant de s’inscrire dans les règlements. Car une ville n’est pas qu’un territoire administratif : c’est un espace de représentations. Ce sont des fresques sur des murs, des livres dans des bibliothèques et des scènes ouvertes.

Investir la création, aujourd’hui, n’est pas un luxe d’esthète. C’est un acte politique : rouvrir des possibles là où l’on voudrait refermer. C’est opposer à la nostalgie brune des visions multiples, complexes, vibrantes. C’est rappeler que nos villes sont traversées d’histoires mêlées, de solidarités inattendues.

Nos villes ont besoin d’artistes, de collectifs, et d’exploratoires. Elles ont besoin de récits qui refusent la simplification et la haine. Elles ont besoin d’imaginaires assez vastes pour contenir nos différences.

Ce temps exige plus que des réactions : il exige des visions. À nous de les produire, de les défendre, de les partager. À nous de faire de la création et de l’imaginaire une force, et de la culture un lieu de résistance active.

* Site de l’association des maires de France et des présidents d’intercommunalité : https://www.amf.asso.fr/documents-la-culture-portee-par-bloc-communal/42662